Clôture de l’Assemblée plénière extraordinaire de la CENCO

L’Assemblée plénière de la CENCO s’est clôturée jeudi 22 novembre 2018 à Kinshasa. Dans son discours de clôture, Son Excellence Mgr Marcel Utembi, Président de la CENCO a dit qu’à l’approche des échéances électorales, il valait la peine que les Évêques se retrouvent afin de prendre ensemble la mesure de leur responsabilité en tant que Pasteurs face aux enjeux de l’heure. « Nous ne cesserons de le dire, les élections libres,transparentes et crédibles constituent une voie vers l’avenir meilleur de notre pays, sinon il s’enfermera dans une crise plus profonde pouvant déboucher à la violence multiforme », a-t-il ajouté. Signalons que c’est à un mois de la tenue des élections, Cardinal, Archevêques et Évêques, membres de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), se sont réunis en Assemblée plénière extraordinaire pour une évaluation du processus électoral en cours. Fidèles à leur mission prophétique, ils ont voulu, en tant que Pasteurs et Congolais, apporter leur contribution, pour la tenue des élections libres, transparentes, crédibles et apaisées.

Concernant le processus électoral en cour, les Évêques ont constaté la détermination de plus en plus affichée du Gouvernement et de la CENI à tenir les élections le 23 décembre 2018, conformément au Calendrier électoral. En dépit des divergences de vue sur certains points importants du processus, tous les partis et regroupements politiques semblent résolus d’aller aux élections. Bien que la campagne électorale soit effectivement démarrée, les Évêques ont néanmoins déploré le manque de consensus notamment sur l’utilisation ou non de la machine à voter et sur la fiabilité du fichier électoral, ce qui fait que d’autres compatriotes doutent encore de la possibilité d’organiser de bonnes élections à la date indiquée.

S’agissant de mesures de décrispation du climat politique arrêtées dans l’Accord de la Saint-Sylvestre, les Évêques ont noté que jusqu’à ces jours, aucune évolution convaincante n’a été signalée, car disent-ils, certains opposants politiques sont toujours soit en prison, soit en exil. Ils ont également déploré le fait que la liberté de manifestation n’est pas encore un acquis pour tous ; cela,à l’instar de la récente répression violente de la manifestation des étudiants de l’Université de Kinshasa qui a causé trois morts. 

Par rapport à la campagne électorale, les Évêques se sont indignés du fait que, contrairement aux dispositions légales, les Agents de la territoriale et les administratifs,des ministres aux chefs des villages, sont contraints de battre campagne pour une seule tendance politique ; et les moyens de l’Etat sont réquisitionnés, et mis à la disposition d’une seule plateforme politique. Ce qui, selon eux, consacre l’inégalité des chances, inadmissible dans une compétition démocratique (cf. Loi électorale, art. 36).

Sur le plan sécuritaire, les Évêques ont réaffirmé dans leur propos que c’est à plusieurs reprises qu’ils ont demandé au Gouvernement de sécuriser certaines régions déterminées et bien délimitées en proie à la violence récurrente, entre autres le Nord et le Sud Kivu, l’Ituri et le Tanganyika. Mais jusqu’aujourd’hui, constatent-ils, les massacres continuent à Djugu (Ituri) tout comme dans la Ville et Territoire de Beni où l’on compte au moins 2000 morts et des nombreux déplacés depuis octobre 2013. L’insécurité persiste dans ces zones malgré l’arsenal militaire déployé. Cette insécurité, apparemment planifiée, comme ils en ont fait mention, fait planer sur notre pays le spectre de la balkanisation. A cela s’ajoute, d’un côté, l’épidémie d’Ebola dans  le Territoire déjà sinistré de Beni et, del’autre, l’arrivée massive de compatriotes expulsés violemment de l’Angola, au mépris du droit international, dans les provinces de Kongo Central, Kasaï, Kasaï Central, Kwango et Lualaba.

Pour ce qui est de l’alternance démocratique, les Évêques ont attiré l’attention des filles et fils de la RD Congo sur le fait que les élections ne sont pas une fin en soi. Selon eux, ces élections ne seront utiles que si tous les congolais sont conscients de ce qui doit être changé pour l’avènement d’un Congo plus beau qu’avant. Car, renchérissent-ils, ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est l’unité du pays, l’intégrité du territoire national, la justice, la paix et l’amélioration des conditions de vie de la population.

Se référant à leur message de juin 2017 « Le Pays va très mal. Debout congolais », le tableau sombre de la situation qu’ont dressé les Évêques se rapporte au fait que la corruption,l’évasion fiscale, le détournement de fonds publics ont atteint des proportions inquiétantes à tous les niveaux. Selon eux, un groupe de compatriotes, abusant manifestement de leur pouvoir, s’octroie des avantages économiques faramineux au détriment du bien-être collectif. A ce niveau, ils ont martelé en disant que« c’est seulement par des élections transparentes que les peuples congolais pourront choisir des dirigeants responsables, à même d’assurer un nouveau mode de gouvernement du pays et d’aider à construire un Etat de droit ». 

Ainsi pour clôturer leur allocution, les Évêques ont recommandé ce qui suit :

Au peuple congolais,

Les Évêques ont rappelé le lourd tribut payé au cours de ce processus électoral tout en signifiant qu’il est d’une grande importance que le sang versé de compatriotes soit ferment pour une alternance salutaire dans le pays. C’est le moment d’exercer le droit de souverain primaire en vue d’un nouveau leadership capable de mettre au centre de ses préoccupations le bien-être du Peuple congolais. L’heure est venue de procéder à un vote responsable, c’est-à-dire choisir des hommes et des femmes soucieux de défendre notre pays ; de promouvoir le bien commun ; de garantir les libertés fondamentales ; de défendre les droits humains. Il faut des dirigeants qui respectent la loi fondamentale et la parole donnée ; des personnes honnêtes et de bonne moralité qui ne s’approprient pas les ressources du pays. « La CENCO ne soutient aucun candidat, elle n’a pas un préféré à vous proposer », ont-ils poursuivi tout en ajoutant que chacun, libre de toute contrainte, en âme et conscience, peut donner sa voix à la personne qu’il juge digne de confiance pour le bien-être de tous ; et que tout le monde doit demeurer vigilant en vue de ne passe faire voler la voix, car disent-ils, le Congo a plus que trop souffert des violences de tout genre, il a besoin d’une paix durable pour sa reconstruction.

A la CENI,

Puisqu’elle a la responsabilité d’organiser les élections, les Évêques ont pensé qu’il est encore possible de trouver un consensus sur l’utilisation ou non de la machine à voter. Si l’usage de cette machine s’avère inéluctable, pour les prélats, la CENI  a alors l’obligation de rassurer  les peuples congolais que la machine ne sera exclusivement utilisée que pour l’identification des candidats et l’impression des bulletins de vote, le comptage des voix se fera manuellement, et que les procès-verbaux (PV) seront affichés dans tous les bureaux de vote et de dépouillement le même jour. Faute de quoi, elle jetterait le discrédit sur les résultats des scrutins. Les Évêques ont poursuivi en disant qu’il incombe à la CENI de faciliter les accréditations et le travail des témoins,des journalistes ainsi que des observateurs nationaux et internationaux, dans les bureaux de vote et les centres de compilation pour la crédibilité des élections. Ceci pourrait aussi mettre en confiance les électeurs et les candidats.

Au Gouvernement,

« Nous ne nous découragerons pas d’exiger le parachèvement des mesures de décrispation politique telles que prévues dans l’Accord de la Saint-Sylvestre » ; ont-ils dit tout en signifiant qu’il incombe au Gouvernement de sécuriser davantage le Nord et le Sud Kivu, l’Ituri,le Tanganyika et toutes les zones où sévissent les groupes armés pour que la population puisse participer aux élections en toute quiétude. Ils ont par ailleurs exigé la non-utilisation des Agents et des moyens de l’Etat pour la campagne d’un candidat, d’un parti ou d’une plateforme politique. A cet effet,considèrent-ils, il est impérieux de garantir la liberté d’expression et de lever l’interdiction de manifestations publiques qui s’avère un facteur majeur pour la crédibilité des élections. Ils ont aussi demandé au Gouvernement que les expulsés d’Angola, les déplacés internes et les victimes d’Ebola bénéficie d’une prise en charge digne et effective.

Aux Instances Judiciaires,

Dès l’instant où elles ont la noble fonction de résoudre les contentieux électoraux, les Évêques leur ont demandé de considérer l’intérêt supérieur de la Nation et se laisser guider uniquement par la vérité objective et par la fidélité aux normes.

Aux Partis et Regroupements Politiques,

Les Évêques les ont exhortés à faire preuve de sens de responsabilité en facilitant le consensus sur les points de divergence ; de prendre au sérieux l’enregistrement, la formation et la prise en charge des témoins. A ce titre,ils leur ont recommandé de dépasser l’esprit de positionnement personnel et de privilégier l’intérêt supérieur de la Nation et de bannir l’incitation à la violence.

Aux Candidats,

Les Évêques leur ont recommandé de mener la campagne électorale dans le respect des règles établies, notamment celui des adversaires politiques qui ne sont pas à considérer comme des ennemis, mais plutôt des compatriotes ; de convaincre les électeurs par la pertinence de programmes politiques et non par des cadeaux (cf. Ap 11, 18).

A la Communauté Internationale,

Les Évêques lui ont demandé d’accompagner les peuples congolais dans ce processus en privilégiant les intérêts de ces derniers et de ne prendre en considération que les résultats qui seraient conformes à la vérité des urnes.

En guise de conclusion, les Évêques ont une fois de plus rappelé à l’opinion l’ampleur de ce rendez-vous avec l’histoire. « Les élections qui nous préoccupent aujourd’hui sont notre droit et notre devoir quine peut être confisqué par des acteurs politiques », ont-ils déclaré avant de poursuivre en disant que l’engagement de toute la Nation a un rôle décisif dans un processus électoral, et qu’il est nécessaire que chacun prenne conscience que seule la mobilisation générale de tout le Peuple peut conduire le pays à des élections crédibles et transparentes. De ce fait, ils ont invité les peuples congolais à tout mettre en œuvre pour éviter une parodie d’élections dont les résultats ne seraient pas acceptés et qui, de surcroît, plongerait le pays dans la violence. Ils ont enfin invité les fidèles chrétiens et toutes les personnes de bonne volonté à intensifier la prière pour l’unité et la paix en faveur de la RD Congo.

Aimé Lopa

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